PIECE DES RHETORICIENS  2010 : C4

 

Les rhétoriciens du Collège Notre-Dame de la Paix vous ont présenté « C4 » une pièce originale de Christelle Delbrouck et Philippe Rasse les 26, 27  et 28 mars 2010 dans une salle comble de leur école à Erpent. On ne change pas une équipe qui gagne : mise en scène; Marie-Cécile SAMSON - coaching des comédiens; Quentin AUQUIER - arrangements musicaux et coaching des comédiens; François MARINX - régie son et création lumières; Arnaud ANDRE.

Il était une fois, une lettre, un chiffre. Ces deux signes anonymes et insensés scellent aujourd’hui violemment les lendemains de Monique, petite fonctionnaire  discrète mais néanmoins bosseuse. L’injustice hurle dans nos têtes tel un antivol déclenché par un voleur de réalités, un cambrioleur de rêves. Il a suffi d’une seconde et voilà l’horizon de Monique, comme aujourd’hui celui de milliers de personnes en ces périodes économiquement troublées, plombé par une insignifiante lettre suivie d’un minable petit chiffre.

Une lettre, un chiffre, aujourd’hui, ils marquent au fer rouge l’existence de sa destinataire. Sans aucune délicatesse, ni l’ombre d’un scrupule, le directeur du Service Général des Licenciements (S.G.L.) tente de lui remettre le maudit formulaire mais la secrétaire n’en retrouve plus aucun. Horreur, malheur : rupture de stock de C4 !  Le décor est planté.

Une lettre, un chiffre, entre alors en scène un pool de secrétaires : « Les Nicole(s) ». Petites  employées zélées, elles se téléphonent  la nouvelle et  s’affolent presqu’instinctivement. « Compléter un C4 » pour une secrétaire, c’est obéir aux ordres du directeur. Avec la disparition du sacré formulaire, les petites « Nicole(s) »  modèles se sentent bien involontairement plongées dans la faute professionnelle avec toutes les conséquences qu’elles connaissent si bien. Le moment d’agitation se dissipe aussi vite et les « Nicole(s)»  se rendent compte de l’énorme avantage qu’elles peuvent tirer de la situation.

Une lettre, un chiffre, la Ministre de l’emploi est bien-sûr directement prévenue de cette disparition et signale l’affaire à sa Première Ministre. Dans l’équipe gouvernementale en réunion de crise, les passions politiques se déchaînent, les ambitions se démarquent.

Une lettre, un chiffre, un employé comptable, fidèle, précieux, pragmatique et fatigué des cadences infernales, rêve de recevoir son C4. Sans le savoir, il possède le dernier formulaire existant et se le rédige. Il demande son licenciement au directeur du S.G.L. Ce dernier refuse. Le comptable présente alors son C4 pour signature à son directeur qui, en désespoir de cause, le lui arrache violemment des mains, l’avale et s’étouffe avec le tant convoité papier. Ironie du sort, l’histoire est peu banale !

Une lettre, un chiffre. L’enquête est lancée. Après une équipe mixte de secrétaires et une batterie de ministres toutes plus féminines les unes que les autres, débarque un bataillon de policières prêtes à résoudre l’énigme de la disparition des C4 et surtout celle de la mort du directeur du S.G.L.

Une lettre, un chiffre, les acteurs nous font comprendre au travers de cette pièce la normalisation des situations humaines les plus difficiles, la standardisation des relations de travail : « petite cause, grande conséquence ». Une lettre, un chiffre, ces véritables artistes nous font vivre la douleur de la perte d’un emploi. Une lettre, un chiffre, ils nous chantent la place fragile de la vie dans ce stress quotidien. Une lettre, un chiffre, tous et toutes, auteurs, metteur en scène, musiciens et acteurs nous font ressentir l’absurdité journalière de la course contre la montre que chacun livre en oubliant de laisser battre son cœur à son propre rythme, de laisser respirer ses envies dans le respect de chacun.

Une lettre, un chiffre, c’est finalement une histoire fabuleuse de 37 rhétoriciens qui se sont donnés sans compter pour nous divertir pendant 3 soirées, pour nous faire avancer dans le labyrinthe déshumanisant d’une société qui essaie de grandir en brandissant des règles, en se drapant de généreux principes et en manipulant les  ressources humaines, ultimes forces vives sans le moindre attendrissement. Bravo.

Isabelle RONVEAUX
Représentante syndicale des Nicole(s)

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Mise à jour : 31/03/2010

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