LA  PASTORALE : à propos de "cours de religion", "d'animation spirituelle" au collège...

 

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Lorsque Jésus annonçait la Bonne Nouvelle de l'Evangile, il le faisait à tous, sans exclusive, sans condition préalable.

 

Sa "Parole-Action", il la destinait d'abord aux "pauvres" et aux démunis : les malades et les pécheurs ; ceux que la société de son temps voulait exclure ou condamner : les lépreux, les publicains, Zachée ou Lévi, et même la femme adultère.

Il invite auprès de lui "ceux qu'il appelle" : des hommes fragiles qui trahiront, renieront, prendront la fuite. Le dernier "avec lui" sera le larron crucifié.

 

A chacun, il tiendra un langage qu'ils peuvent comprendre : à des pêcheurs, il parlera de pêche ; à des bergers, il parlera troupeau, bon pasteur, brebis perdue ; à des agriculteurs, il parlera semailles, moisson, bon grain et ivraie (qu'il ne nous appartient pas de séparer !).

 

A tous, il dira "tu peux être heureux".

                "Toi aussi, tu es aimé, quoiqu'il arrive !"

 

Il ne brisera pas le roseau froissé ni n'éteindra la mèche qui fume encore, il ne dira à personne qu'il est insuffisant ou juste satisfaisant... à chacun, il dira : "C'est bien...mais tu peux plus, plus est en toi, duc in altum !" (Avance en eaux profondes)

 

...et pour que leurs yeux s'ouvrent et qu'ils le reconnaissent, il ne suffira pas d'un savoir ("à travers toute l'Ecriture"), mais ils devront vivre une expérience : "Où habites-tu ? Venez voir" ; "reste avec nous, car déjà le soir tombe...il prit le pain et le leur partagea..."

 

à nous de "faire cela en mémoire de lui".

 

...et cela n'invite pas uniquement à multiplier les célébrations, les "messes", prendre le pain, le rompre et le partager, mais cela appelle d'abord à FAIRE cela : entrer dans une démarche vitale : tenter de SE PRENDRE, comme on est, avec tout ce qui fait notre personnalité, ses ombres et ses lumières (nous sommes uniques aux yeux de ceux et de celles qui nous aiment, aux yeux de Dieu qui nous aime) ; tenter de SE ROMPRE, briser les individualismes, les égoïsmes, écarter les masques, les étiquettes qu'on se colle sur le front...; tenter enfin de SE PARTAGER, en joie, solidarité, service et amitié et tendresse...

... en mémoire de lui.

    Humblement mais avec beaucoup d'espérance.

ALORS les "aveugles" qui croisèrent son (notre ?) chemin retrou-vèrent la clairvoyance, les "sourds" l'écoute...sur ce qu'ils étaient incapables même d'imaginer ! Les "muets" retrouvèrent la parole, les "boiteux" la course, les "morts-vivants", déprimés et désespérés, la joie de vivre. Dans la vie de chacun (dans notre vie ?), il fait passer un souffle, un souffle de vie, un souffle de résurrection.

Michel GILSON sj

 

 

 

 

 

 

 

 

Des retraites au cycle supérieur

 

C’est une chance que, chaque année, le collège offre à ses élèves du cycle supérieur : 3 jours de « retraite » avec logement à l’extérieur. Une occasion rare de développer pas mal de valeurs éducatives inscrites dans notre projet d’école. Certes, les modalités diffèrent des retraites jésuites d’il y a quelques générations… la société a changé, comme les collèges ; le pluralisme existe de fait, parents, élèves, professeurs… les jésuites se font rares !

Il s’agit aujourd’hui moins de dire comment vivre que de témoigner. Se « retirer » et tenter de vivre une « expérience » de découverte de soi-même, de rencontre de l’autre, d’ouverture à un « Tout Autre » ; faire progresser dans la réflexion et le partage. Au moment où beaucoup de cadres sont mis en question, tenter d’expérimenter une nouvelle confiance, en soi d’abord –à travers le regard de l’autre. Tenter de sortir de l’anonymat, de l’indifférence, du « à quoi bon !» pour risquer quelques pas d’espérance : « Toi aussi, quels que soient ton histoire, ton passé, ta réussite scolaire, ta famille, toi aussi, TU VAUX LA PEINE. Toi aussi, tu peux être heureux. »

 

Et cela vécu dans des démarches différenciées selon les âges.

 

En fin de 4è, -année-charnière pour beaucoup- après deux années dans un même groupe-classe… aller plus loin, dans des activités multiples (et ce n’est pas la moindre que de préparer les repas ensemble !), rencontres par deux, par petits groupes, promenades  et activités sportives (il fait souvent beau en avril-mai !), échanges en grand groupe, temps de solitude, écoute de l’autre dans ce qu’il a d’unique… entendre de l’autre comment on est perçu, s’apprécier mutuellement… Et c’est ma grâce d’animateur de retraite que de découvrir le visage lorsque le masque s’écarte, de voir combien de jeunes qui parlent et qui rient naturellement, autour d’un barbecue préparé ensemble, qui se taisent, seuls, le long du ruisseau, contemplation de la vie qui s’écoule, malgré tous les obstacles, ombre ou soleil, vase ou eau claire… le ruisseau creuse la montagne ; la vie passe… « La vie, c’est comme La Diglette ! »  Grâce encore d’entendre la confidence partagée, le soir, en cercle, à la lueur des bougies. Grâce du regard qui brille, d’une larme parfois vite écrasée. Grâce d’un repas qui se prolonge. Et je songe à cette première rencontre de Jésus avec Jacques et Jean, où il ne s’agit pas d’un savoir mais d’une expérience partagée : « -Où demeures-tu ?  -Viens voir ! »

 

Au début de la 5è, le projet peut paraître proche, mais sur des bases totalement différentes. Il s’agit d’aider à créer « la classe » qui sera la leur pour les deux années terminales. Constituer le groupe, voir les différences comme un enrichissement. Rencontrer aussi des questions plus spécifiques : la famille, l’amitié, l’affectif, déjà pas mal de souffrances cachées voire d’échecs. Aider à percevoir « les cailloux blancs du Petit Poucet » dans la jungle de la vie…

 

La démarche en 6è est tout autre. Ce n’est plus la classe, le groupe, mais chacun qui est personnellement interpellé : Que faire de ma vie ? Tant de décisions capitales sont à prendre dans les quelques années à venir…  Chacun est appelé à se déterminer personnellement dans le choix de sa retraite :

-personnelle, vécue seul ou en très petit groupe choisi, dans un lieu à l’écart où l’on est accueilli et guidé : monastère, abbaye, communauté…

-ouverte sur le monde, dans une démarche davantage sociale, un service, à la rencontre parfois de plus démunis : handicapés, malades, vieillards ; une crèche, un hôpital, une école maternelle, un resto du cœur… Cette démarche peut être vécue soit en logeant sur place, lorsque c’est possible, soit de jour seulement, avec retour chez soi le soir, soit, grâce à quelques uns qui ont fait ce choix, en se regroupant le soir pour partager le repas et la diversité des expériences vécues.

-D’autres enfin  peuvent constituer un petit groupe choisi, avec un animateur et un projet commun, et déterminer ensemble le rythme et le cheminement.

Toujours, il s’agit d’apprendre à discerner le mieux pour soi. La détermination du choix de retraite (difficile pour certains qui seraient amenés à rester au collège…) est pour chacun presque aussi importante que la démarche elle-même.

 

Bien sûr, ce n’est pas toujours facile. Bien sûr il y a des combats, parfois des erreurs voire une marge d’échecs… Mais depuis plus de 25 ans déjà où je vis 4 ou 5 retraites chaque année, je me dois de constater un très large taux de satisfaction, souvent enthousiaste, (n’y avait-il pas beaucoup d’hypocrisie « de mon temps » ?),  et je témoigne de ce que ces retraites sont les expériences les plus riches de mon « métier » au collège. Il m’arrive souvent de regretter que beaucoup d’autres professeurs n’aient pas eux aussi cette chance de découvrir ainsi leurs élèves.

 

Et la Foi là-dedans ?  Je ne sais… Je préfère souvent parler de confiance, et puis « autre celui qui sème, autre celui qui récolte ».  Mais si celle-ci était d’abord « RECONNAISSANCE », aux deux sens du terme, découvrir avec des yeux nouveaux et rendre grâce… ? Et, permettez-moi une étymologie audacieuse, si la foi était une reconnaissance, comme « naître à nouveau ensemble »… ?  C’est ce que nous tentons de faire, et, après tout, n’est-ce pas là le cœur de tout projet éducatif ?

 

Michel Gilson sj

 

 

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Mise à jour : 14/10/2016

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